DARLEI , LE DERNIER FILS D'ASWAN N' EST PLUS...
Ils lui ont dit : « je t'aime » avec des sanglots dans la voix, il a fermé les yeux et les a laissées là, seuls.
Le silence était dense et l'émotion lourde. A leurs pieds gisait le compagnon et l'ami. Celui qui leur avait fait découvrir un univers merveilleux où la force et le beau règnent en maître.
Sur la paille foulée par une nuit de lutte, la masse imposante ne bougeait plus, et dans l'écurie, seuls les oisillons du nid d'hirondelles collé à la poutre maîtresse réclamaient leur nourriture aux parents qui avaient très tôt commencé leur interminable va-et-vient.
Les juments et leurs foals avaient baissé la tête comme pour se recueillir en un ultime hommage. Le maître des lieux avait poussé son dernier soupir, peut-être leur avait-il fait ses ultimes recommandations.
Le matin venait d'éclore, ce serait une belle journée. Une journée de printemps comme les autres, une journée où une fois encore tout allait recommencer.
Pascal est sorti du hangar. Etait-il fatigué par cette longue nuit sans sommeil ? Non, il était désabusé, irrité , presque injuste et si on lui avait demandé à cette heure de faire le bilan de son existence, il aurait sans doute baisser les bras dans un ultime désespoir.
Entouré des hommes de l'art, aidé par les siens, il avait perdu. Perdu contre la mort, perdu contre la vie. Il n'était pas le premier, il ne serait malheureusement pas le dernier.
Sur son épaule endolorie, subsistait l'odeur du grand étalon clair. Des heures entières, il avait senti sa tête appuyée, prêt à tomber, prêt à céder. Pendant tout ce temps l'espoir avait succédé à l'abattement pour à nouveaux tout remettre en question.
Les chevaux sont des Dieux de cristal. Ils sont forts mais quand ils cassent c'est irrémédiable.
Pourtant rien ne laissait présager une issue aussi rapide que fatale. Hier encore, le maître galopait dans son champ verdi par les herbes grasses et lorsqu'à la nuit tombée on s'était aperçu que quelque chose n'allait pas, il était sans doute déjà trop tard. Rien ni personne ne pouvait lutter contre l'inévitable.
Dois-je raconter l'histoire de cet étalon , une fois de plus , dire son utilité, son ascendance, sa descendance, dois-je une fois de plus écrire qu'il était un bon et grand cheval ?
Il ne se passe pas un mois sans que l'on nous annonce la disparition de tel ou tel animal.
Le téléphone qui sonne, quelques hésitations dans la voix et l'on se sent encore une fois impuissant et fataliste.
Quelques mots de réconfort et l'on se sent seul, seul avec sa peine.
L'animal vit moins longtemps que l'homme, mais à chaque disparition c'est un peu de nous même qui s'en va et qui nous fait penser combien la vie est dure, difficile, injuste mais aussi belle lorsque l'on se donne la peine de la regarder.
Objets inanimés avez-vous donc une âme s'interrogeait le poète et nous, pouvons nous voir l'âme des bêtes.
Dois-je écrire de Darlei qu'il a bien reproduit, que l'histoire retiendra qu'il était le dernier fils d'Aswan, que sa terre natale était Tersk, que ses enfants brillent dans toutes les disciplines équestres ?
Sans doute...
Mais de lui je retiendrai qu'il a été un ami sûr et fidèle, qu'il a rendu heureux des hommes et des femmes, qu'il a émerveillé par son charisme et sa gentillesse et qu'il nous laisse orphelins car même si le temps passe et que l'on se reprend, la douleur de la séparation est toujours omniprésente.
J'en sais un qui a tourné la tête, qui ne veut plus regarder un cheval dans les yeux.
Il ne sait pas dire qu'il a trop de peine et qu'il est malheureux. Peut-être est-il trop fier ? Peut-être n'est-il qu'un homme après tout ?
Alors, quand il entend le sabot des chevaux galoper et vivre sans le grand étalon, il se bouche les oreilles et se cache les yeux.
Pourtant ce n'est pas trahir que d'aimer à nouveau...
ChOukette :
COmme vOuS vOuS en dOutez, ma pasSiOn c'eSt leS chevauX !
Je remercie tOut ceuX qui Ont eu le cOurrage de lire 7hiStOire juSqu'au bOut ;)
N'OublieZ paS de lacher vOS cOm'S !
+++ A bientOt